Pincez moi

Descente vers Pasto, une vingtaine de kilomètres à suffoquer dans une atmosphère anormalement chaude. Je peux sentir les pneus chauffer sur le macadam lisse.Les voitures nous croisent par centaines, mais aucune ne nous double. Il est 14h pourtant le soleil semble déjà être en train de se coucher dans une lumière jaune orangée. Nous nous arrêtons, nous essayons de faire le point, que se passe t il ? Le GPS nous a lâché, impossible de se connecter aux satellites. L’air est de plus en plus lourd. Nous ne voyons aucun oiseau, aucun signe de vie excepté ces voitures qui nous croisent. Soudain, une détonation nous fait perdre l’équilibre. Le ciel est maintenant rouge sang. Des particules en suspension se transforment peu à peu en blocs de pierre, prêts à nous écraser. Le volcan Galeras est entré en éruption. Nous sommes coincés, nous devons sortir de cette cuvette transformée en enfer le plus vite possible. Je pédale de toutes mes forces, ça me semble une éternité. Je sens une main qui m’attrape l’épaule, un démon sorti des enfers, je redouble d’effort pour échapper à cette emprise.

– « Victor, réveille toi, il est déjà 8h du matin, on doit filer pour rejoindre Pasto, Dorys, notre Warmshower, nous attend », me dis Tom

Tout cela n’était qu’un mauvais rêve, sûrement lié à la petite intoxication alimentaire de la veille.
Il fait beau ce matin là et notre nuit derrière un centre de pesage de poids lourds a été bonne. Nous remontons sur nos montures, qui nous paraissent bien lourdes après notre rencontre avec la navette spatiale BikingMan. Le profil s’élève encore une fois, et nous fait serpenter à travers une petite montagne. La vue n’est pas particulièrement déjà, mais les conditions sont idéales. Il ne fait pas trop chaud et surtout nous avons de la compagnie. Nous montons une bonne partie de la côte avec vététiste très intrigué par le poids de nos vélos. Quelques centaines de mètres plus loin, un barrage militaire. Après l’école de femmes policières à Bogota, notre image de la police est très bonne. Pourtant il est très impressionnant de se faire arrêter par un tel dispositif, a moins que les militaires soient déguisés en lapin et t’offre des bonbons. Nous n’avons pas photos de ce moment, mais je vous assure que c’est vrai..!

Une légère pluie mêlée à une fin de journée de fraiche nous presse à arriver chez Dorys. Après une vingtaine de minutes à tourner dans le quartier sans trouver la bonne adresse, un mexicain nous ouvre la porte, Ralph. Il ne ressemblait pas à l’image que j’avais des mexicains. Il n’avait pas de sombrero, ni de moustache et encore moins de maracasse, mais un vélo en une féroce envie de rencontrer le plus de gens possible durant sa traversée du continent américain. Quelques heures après, une cycliste parée de ses plus beaux habits de pluie, franchi la pas de la porte avec une bonne humeur communicative. Contrairement à nous, elle remonte vers le nord. Le monde est petit, Yuli est professeur de cirque. D’ailleurs, elle mène un magnifique projet grâce à son vélo : proposer des animations cirque et des spectacles dans les petits villages situés sur sa route.

Cette maison commence à sacrément ressembler à un repère de cyclistes et pourtant.

Néanmoins, moment particulier du voyage, avec Tom, nous regardons Guillaume préparer ses affaires, nous donner le matériel en commun et s’éloigner tranquillement vers la frontière équatorienne où sa douce l’attend.

Pour essuyer nos larmes le soir venu, nous décidons d’aller acheter quelques litres de POKER. Un belge, Frederick nous accoste en nous demandant si nous connaissons la maison de Dorys, et surtout si nous sommes les amis de Guillaume. Il semblerait que les deux se soient offerts un déjeuner bucolique à mi chemin entre Pasto et Ipiales. Nous revoilà de nouveau 5 cyclistes dans la toute petite maison de Dorys.

Deux projections dans le parc au dessus de la maison conclues à merveille ce séjour à Pasto.

La frontière nous appelle, la limite entre le nord et le sud est toute proche, l’appelle des volcans et de leur chapeau enneigé nous donne chaque jour un peu plus envie.

Pourtant la Colombie ne nous laisse pas partir. Nous ne voulons pas la quitter. Nous décidons de passer par la Laguna Verde. Un cratère de volcan rempli d’eau de couleur verte. Deux petites journées pour rejoindre le páramo en dessous de la Laguna. On trouve de quoi planter la tente au milieu de nul part. Seul un petit refuge/tienda est visible depuis notre campement. Deux nuits se passent. La magie du páramo fait son effet. L’altitude, le froid, les étoiles et surtout deux soirée à rêver dans un nuage de lucioles.

Après cet interlude enchanté, nous nous dirigeons vers Ipiales. Les montagnes et les volcans font place à une campagne vallonnée qui rappelle certains paysages à Tom, il ne manquait que le gruyère. Le réseau WH tourne toujours autant, Oskar vient nous chercher pour nous conduire jusqu’à chez lui. Il nous donne les clefs de notre chambre. Nous sommes un peu surpris par le lieu. Oskar est propriétaire d’un parking, rempli de camions. Notre chambre est au fond de ce parking. L’endroit n’est pas très beau, mais très paisible et notre hôte est bien tranquille. Le lendemain, nous arrivons à la frontière équatorienne après une quinzaine de kilomètres de descente depuis Ipiales. Malheureusement, je me rends compte que j’ai oublié de lui redonner la clef de la chambre au fond du parking. Coup de téléphone rapide à Oskar : «  tu n’auras qu’à la donner au premier cycliste que tu croises, ils s’arrêtent tous chez moi ! ».

Premier jour en Equateur, premier jour sous un magnifique soleil, on apprécie le calme apparant de ce petit pays. Les panaderias (boulangeries) sont aussi nombreuses que les volcans qui nous entourent. Quel plaisir de pouvoir se goinfrer de viennoiseries à longueur de journée. Nous finissons cette journée chez les pompiers qui nous ont proposé de dormir sur la terrasse de la caserne. Nous apprendrons deux choses ce soir là. La première, les pompiers équatoriens (enfin ceux que nous avons rencontré) aiment beaucoup les blagues à caractère « tu ne racontes pas à ton fils de 8 ans ». La deuxième, il va falloir qu’on méfie des informations sur les distances. En effet, on nous a proposé un endroit pour camper à « 45min » en vélo. Nous n’avons pourtant pas les jambes épilées, mais les équatoriens nous prennent pour des pros. 45min pour parcourir une cinquantaine de kilomètres aves 1200m de D+..

Nous continuons notre route jusqu’à Cotacachi, petit village où nous pourrions peut être proposer une projection avec le cinéma local. Finalement, après une après midi de pseudo organisation de projection, tout tombe à l’eau. Nous nous retrouvons sur la place principale à ne pas savoir ce que nous voulons faire. Nous décidons alors d’opter pour la technique bien connue de fin de journée : on attend que quelque chose se passe. C’est à ce moment là, sans crier « GARE » que quelque chose s’est passé. « Hola, les chicos, vous êtes des viajadores en bicicleta, c’est super ça ». Nous venons de rencontrer Hervé, le Hervé ! Un français qui est parti de Guyane, qui a remonté toute la côté jusqu’au Vénézuela pour ensuite traverse la Colombie et poursuivre sa route jusqu’en Argentine. Nous ne nous ennuyons pas, le moins qu’on puisse dire c’est qu’il a la pèche. Après cette soirée nous nous saluons et nous souhaitons bon voyage ! Les aventures avec Le Hervé ne s’arrêtent pas là, mais c’est pour une prochaine note de blog.

Une journée de pluie pour digérer la pizza de la vieille. Il fait froid, le brouillard bouche l’horizon, et les voitures sont de plus en nombreuses. Les lumières de la ville de Cayambe percent le brouillard. La ville de Cayambe se situe aux pieds du volcan Cayambe. Sommet fameux pour sa facilité technique et pour la qualité de ses paysages. Il culmine tout de même à 5790m d’altitude. Nous cherchons à peut près par tous les moyens de nous offrir les services d’un guide pour monter au sommet. Les tarifs proposés sont exorbitants… C’est simple, nous allons laisser une partie du matériel à l’hôtel et monter jusqu’au refuge à 4650m en vélo. A 12h nous enfourchons nos bécanes allégées et nous nous attaquons aux 2000m de D+ qui nous séparent du refuge. Nous arrivons à la tombée de la nuit, dans la neige. Nous installons la tente dans la neige à la lumière du refuge, plein de touristes venus tenter l’ascension. Nous passons une nuit terrible. Nous avons un peu froid et surtout l’altitude nous empêche littéralement de fermer l’œil. Grâce à toute l’eau contenue dans les soupes chinoises, nous nous commes obligés de nous lever la nuit. La voie lactée se dessine juste au dessus de nous. Tom me demande de la pincer pour être sûr qu’il ne rêve pas. Dès les premiers rayons du soleil nous nous levons et tentons de monter dans la neige grâce à nos baskets. Nous arriverons tout de même jusqu’à 5000m d’altitude. Vue imprenable sur le Cotopaxi fumant.

La redescente est encore plus difficile que la montée. La route est composée de galets bétonés. Paris Roubaix en Equateur. 25km qui viennent à bout de nos corps et d’une partie du matériel. Je casse à ce moment là l’armature de ma sacoche de guidon…

Demain nous traverserons la Terre à la latitude 0.

 

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