En route pour Tamba…

Aujourd’hui c’est le départ de Bignona pour notre grande étape de liaison vers Tambacounda à plus de 400 km. Pour les arrêts, nous verrons bien au gré de la fatigue et des opportunités. Bien entendu il faut savoir aussi provoquer les opportunités. Alors vers 17 heures, lorsqu’il est grand temps pour le cycliste d’anticiper le bivouac dans le bourg traversé, nous nous faisons conduire au chef du village qui nous accorde spontanément son hospitalité.Peu de temps pour prendre des photos ou filmer, nous sommes plus focalisés sur la gestion de l’effort, à faire avancer nos trop lourdes bicyclettes (respectivement 50 kg pour Alain et 70 pour Vincent). Il ne nous en reste pas moins pour chaque étape de nombreux souvenirs, pensées et sensations que quelques mots illustrent tout aussi bien que de belles images.

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Bounkiline

Le bouleversement majeur c’est l’électricité. Soit par le réseau, soit par un système solaire autonome. Par ordre d’importance, cette énergie permet l’éclairage, la recharge des téléphones portables et l’accès à la télévision. Les rares familles qui possèdent un téléviseur partagent volontiers ce privilège avec leurs voisins. Aussi, n’est-il pas rare de voir une cinquantaine de spectateurs agglutinés autour d’un poste. En revanche, dans ces conditions, difficile de faire l’unanimité sur le programme d’autant que tout le monde n’est pas francophone ou ne comprend les mêmes dialectes. Alors on zappe, toutes les dix minutes, sauf dans deux cas bien précis, le football et le destin du Soya (un psychodrame bollywoodien).

Mankanon ba

Le feu à trois pierres éclaire vaguement les femmes assises affairées à préparer le repas. De leurs discussions en poular s’élèvent des éclats de rire. La marmite bout et il faut la retirer des braises. L’une d’elles se lève, allume sa lampe de poche et la coince entre le menton et la clavicule. Elle empoigne le bas de sa robe et s’en sert de maniques pour prendre les anses de l’énorme marmite sans se brûler. La voilà se déplaçant entravée comme un forçât, arc-boutée par sa lourde charge, le cou complètement tordu pour maintenir le faisceau éclairant sa lente progression.

Faraba

Autour d’un immense feu, les flammes s’élèvent à plus de deux mètres, une quinzaine d’enfants sont assis autour en arc de cercle. Il fait nuit noire, néanmoins le brasier leur permet de lire les Sourates calligraphiées sur une planche de bois qu’ils tiennent précieusement entre les mains. Le Marabout veille et dirige le chant. Les enfants entonnent en canon une première Sourate durant un petit quart d’heure, puis une autre s’enchaîne. On ne sait plus si ce sont les flammes qui rythment les chants liturgiques ou inversement. Une harmonie s’est créée, comme un envoûtement dans lequel les simples spectateurs que nous sommes se laissent entraîner.

Tiara

Ici l’opportunité sera un panneau à l’entrée du village. PROJED 2, un programme sur la gestion raisonnée du charbon de bois par le biais de concessions allouées. Ne voilà t-il pas un sujet au cœur de la thématique de développement de Cinécyclo? Alors bien que nous ne soyons qu’en début d’après-midi, nous décidons d’une halte pour une projection improvisée le soir même sur le charbon de paille et les foyers améliorés. La séance est fixée à 19 heures après avoir consulté les deux chefs de village (un par ethnie Mandingue et Peule), le conseil du village, le président de l’association des jeunes et enfin le directeur de l’école. Au final, une très grosse séance avec plus de 200 spectateurs.

Au petit matin, on nous invite à l’annonce officielle des résultats du test du premier semestre de la classe de cm2. Sur 62 élèves, 15 seulement rejoindront la tribune. Le représentant des parents d’élèves profitera de l’occasion pour demander au directeur qu’on les aide à s’équiper en lumière et en bougie pour apprendre les leçons, le village étant dépourvu d’électricité.

Sintian Tapa

A quoi ressemble un petit village Peul? Déjà la taille, ici ce sont seulement quatre familles, soit une trentaine de personnes en tout et pour tout. Chaque famille se répartit dans un ensemble de quatre à cinq cases circulaires traditionnelles au toit en paille. Une large palissade en canisse ceint les cases familiales et le troupeau y est rassemblé le soir venu.

Sintian Koundara

Le pilon est certainement l’ustensile de cuisine le plus utilisé. Il sert à broyer riz, mil, maïs, arachide, oignon mais aussi différentes herbes et feuilles. Sachant que pour piler la ration de riz nécessaire à la préparation d’un seul repas familial, il faut une bonne heure, autant dire que la vie des villages s’organise au son du pilon. Chacun a son tempo, selon qu’une, deux ou trois femmes se coordonnent. Le bruit sourd des gourdins qui s’abattent résonne dès 7 heures du matin et celui qui dort à même le sol peut en ressentir les vibrations. Comme le régime alimentaire est pour l’heure, riz au lait au petit déjeuner, riz à l’arachide au déjeuner et riz aux feuilles de baobab au dîner, la mélodie du pilon n’est pas prête de se taire à moins que le village n’achète une concasseuse comme l’on pouvait en voir en Casamance.

Tambacounda

Demain, c’est Noël, nous nous régalons à l’idée d’avoir la possibilité de fêter dignement l’événement dans cette ville. Un repérage nous permet de localiser une boulangerie qui confectionne des bûches et des boutiques achalandées de choses extraordinaires comme des petits pois, de la confiture de fraise, des galettes bretonnes, etc…. Malheureusement, le premier dîner dans une gargote aux normes d’hygiène douteuses tiendra Alain alité pour le réveillon et Vincent le lendemain. Adieu tous les rêves de festin.

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Vincent Vélo Écris par

Fondateur de la structure Cinécyclo, Vincent est avant tout un aventurier dans l'âme. Après avoir vécu au Québec, en France et en Italie, il se lance dans le Cinécyclo Tour du Sénégal en 2015 au guidon de son vélo cargo cinéma.

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