{"id":675,"date":"2016-05-20T15:34:39","date_gmt":"2016-05-20T15:34:39","guid":{"rendered":"http:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/?p=675"},"modified":"2016-07-05T15:58:16","modified_gmt":"2016-07-05T15:58:16","slug":"rencontre-avec-lapess","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/rencontre-avec-lapess\/","title":{"rendered":"Rencontre avec l&rsquo;Apess"},"content":{"rendered":"<p><b>Djidiery 1 Toucouleur (3km bitume)<\/b><\/p>\n<p>Nous longeons d\u00e9sormais le fleuve S\u00e9n\u00e9gal sur une route distante d&rsquo;un kilom\u00e8tre \u00e0 peine. La fine bande de terre cultivable coinc\u00e9e entre cette route et le fleuve forme ce que tout le monde appelle ici : la vall\u00e9e. Elle offre \u00e0 nos yeux une longue oasis de verdure ponctu\u00e9e, par endroit, de fr\u00eales palmiers.<\/p>\n<p>Riz et canne \u00e0 sucre sont les deux gagne-pains de la r\u00e9gion. Le Nord du S\u00e9n\u00e9gal est connu pour ses grandes exploitations rizicoles modernis\u00e9es d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;on tire le fameux riz de la vall\u00e9e. Acheter ce riz l\u00e0 (bien que moins parfum\u00e9 dira t-on) est un acte politique, voire patriotique pour beaucoup de S\u00e9n\u00e9galais (et surtout de S\u00e9n\u00e9galaises, car, qu&rsquo;on se le dise, au S\u00e9n\u00e9gal, c&rsquo;est toujours madame qui fait la cuisine !) Soutenue par un vaste programme d&rsquo;autosuffisance en riz, la r\u00e9gion a ainsi pu moderniser et \u00e9tendre ses pratiques encourageant, de ce fait, beaucoup de paysans \u00e0 se lancer, \u00e0 leur tour, dans le riz, le riz et encore le riz ! Malheureusement, les pr\u00e9occupations environnementales restent f\u00e9briles pour cette monoculture boost\u00e9e \u00e0 coup de pompes chimiques. Des panneaux bordent m\u00eame les routes rappelant aux populations les risques qui p\u00e8sent sur eux en cas de contamination.<\/p>\n<p>Nous quittons ainsi le Djioudj, la gorge bien irrit\u00e9e, saluant, au passage les pionniers de la r\u00e9gion au volant de leur imposant tracteur Deere derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un repos salvateur \u00e0 Richard Toll, nous voici \u00e0 Djidiery I Toucouleur.<\/p>\n<p>Rencontre avec notre partenaire en la personne de Ousmane Diouf, un jeune employ\u00e9 de l&rsquo;association <a href=\"http:\/\/www.apess.org\" target=\"_blank\">APESS<\/a>, comprendre Association pour la Promotion de l&rsquo;\u00c9levage dans le Sahel et en Savane.<\/p>\n<p>Lui-m\u00eame fils d&rsquo;\u00e9leveur, ce jeune dipl\u00f4m\u00e9 a fait le choix de retourner dans son village pour venir pr\u00eater main forte aux paysans de sa r\u00e9gion, qui, pour la plupart, n&rsquo;ont jamais mis les bottes dans une universit\u00e9.<\/p>\n<p>Nous nous trouvons dans le Nord et ici : c&rsquo;est le territoire des peuls, des \u00e9leveurs et de leurs troupeaux. Dans le Nord, un homme ne poss\u00e8de rien tant qu&rsquo;il n&rsquo;a pas une vache. Parfois, les vaches sont m\u00eame l&rsquo;objet de dotes et il ne viendra \u00e0 personne l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;en utiliser une pour labourer comme cela peut se faire en Casamance, par exemple. Non, ici, la vache vaut son pesant d&rsquo;or et on en prend soin. Avoir un troupeau de vache c&rsquo;est un peu comme avoir un compte \u00e9pargne \u00e0 3,30%.<\/p>\n<p>Durant nos vir\u00e9es, avec Yoro, nous serons souvent contraints de nous arr\u00eater, au milieu de la route, pour laisser passer la centaine de bovins dans un nuage de poussi\u00e8re et de meuglements. Le troupeau est guid\u00e9 par de jeunes bergers, bien souvent des enfants, un long b\u00e2ton \u00e0 la main portant le ch\u00e8che et la robe traditionnelle peul. Yoro aussi a longtemps gard\u00e9 les vaches ainsi, partant en brousse des jours entiers.<\/p>\n<p>Avec le fleuve comme unique fronti\u00e8re, la vaste \u00e9tendue sah\u00e9lienne semble s&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 l&rsquo;infini. Au milieu du tapis sablonneux se trouve une route noire sur laquelle, tr\u00e8s t\u00f4t le matin, on observe d\u00e9j\u00e0 quelques mirages nous rappelant qu&rsquo;ici, plus qu&rsquo;ailleurs, la chaleur accable. Les villages qui se trouvaient d\u00e9j\u00e0 au bord de la route sont les mieux lotis. De l\u00e0, la ville est plus facilement accessible. Plus facile, aussi, d&rsquo;aller vendre ses l\u00e9gumes. Et quand la chance sourit, il est toujours possible de glaner aux affam\u00e9s voyageurs quelques billets en \u00e9change de mangues m\u00fbres. D&rsquo;autres, plus \u00e9loign\u00e9s, n&rsquo;ont pas h\u00e9siter \u00e0 migrer pour venir se greffer le long de cet axe de vie.<\/p>\n<figure id=\"attachment_573\" aria-describedby=\"caption-attachment-573\" style=\"width: 1080px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/image19.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-573\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/image19.jpeg?resize=711%2C400\" alt=\"Didjeri 1 \/ atelier foyer am\u00e9lior\u00e9 avec Ousmane et le village\" srcset=\"https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/image19.jpeg 1080w, https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/image19-300x169.jpeg 300w, https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/image19-1024x576.jpeg 1024w, https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/image19-623x350.jpeg 623w\" sizes=\"auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-573\" class=\"wp-caption-text\">Didjeri 1 \/ atelier foyer am\u00e9lior\u00e9 avec Ousmane et le village<\/figcaption><\/figure>\n<p>Ousmane et sa femme nous r\u00e9servent un bel accueil sous le toit de paille du salon ext\u00e9rieur. Eau fra\u00eeche, douche, matelas moelleux et un repas qui mijote&#8230; Ouvert sur la fa\u00e7ade Est, cet abri d&rsquo;\u00e0 peine 8m2 et situ\u00e9 au milieu de la vaste court du domaine Diouf, semble \u00eatre devenu la pi\u00e8ce \u00e0 vivre o\u00f9 les cousins, les fr\u00e8res, les tantes et les grands-p\u00e8res se croisent, bavardent, se reposent un peu ou viennent manger. \u00c0 notre arriv\u00e9e, deux jeunes femmes passent le temps, l&rsquo;une est allong\u00e9e sur une natte, la t\u00eate reposant sur les genoux de l&rsquo;autre. M\u00e9ticuleusement, une pointe \u00e0 la main, la plus \u00e2g\u00e9e tricote la masse cr\u00e9pue de cheveux \u00e9b\u00e8ne qui encombre la t\u00eate de sa camarade. Crochetant bon an mal an, un treillis se dessine sur le cr\u00e2ne de la victime, car, on ne va pas vous le cacher, vue les grimaces que la jeune femme nous livre et les quelques larmes, \u00e7a n&rsquo;a pas l&rsquo;air plaisant du tout !<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ar Niamey !\u00a0\u00bb Peut-on d\u00e9sormais entendre, \u00ab\u00a0Venez manger\u00a0\u00bb. Autour de l&rsquo;unique plat, chacun vient d\u00e9guster sa part de Thieb richement d\u00e9cor\u00e9 et accompagn\u00e9 de l\u00e9gumes et de poisson. La jeune femme d&rsquo;Ousmane tient \u00e0 nous faire bonne impression et ajuste artistiquement quelques tranches de poivrons rouges autour de demi citrons verts.<\/p>\n<figure id=\"attachment_571\" aria-describedby=\"caption-attachment-571\" style=\"width: 1080px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i2.wp.com\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/image17.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-571\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/image17.jpeg?resize=711%2C400\" alt=\"Didjeri 1 \/ projection\" srcset=\"https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/image17.jpeg 1080w, https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/image17-300x169.jpeg 300w, https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/image17-1024x576.jpeg 1024w, https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/image17-623x350.jpeg 623w\" sizes=\"auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-571\" class=\"wp-caption-text\">Didjeri 1 \/ projection<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le chef de village habitant \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur m\u00eame de la localit\u00e9, nous nous chargeons de pr\u00e9venir la population de l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement du soir. Nous nous arr\u00eatons devant la demeure de \u00ab\u00a0Socrate\u00a0\u00bb, un jeune du village dans la vingtaine, passionn\u00e9 de philosophie pour qui notre venue est l&rsquo;occasion de d\u00e9battre. Son surnom est inscrit \u00e0 la peinture blanche sur le fronton de sa case et d&rsquo;autres \u00e9minents philosophes apparaissent \u00e9galement \u00e7a et l\u00e0 sur les murs de briques. Yoro jubile, lui qui, depuis presque 6 mois n&rsquo;a pas eu l&rsquo;occasion d&rsquo;\u00e9changer sur la philosophie, son domaine de pr\u00e9dilection. Son int\u00e9r\u00eat se porte sur la nature m\u00eame de notre voyage. Nous l&rsquo;intriguons, il m\u00e8ne l&rsquo;enqu\u00eate : \u00ab\u00a0Pou pou pou pour quoi vous vous vous a a a avez choi choi choisi le S\u00e9 S\u00e9n\u00e9 S\u00e9n\u00e9 S\u00e9n\u00e9gal ?\u00a0\u00bb&#8230; Un b\u00e8gue ! Yoro fait aussit\u00f4t volte face : \u00ab\u00a0Non, vraiment, on ne peut pas d\u00e9battre avec un b\u00e8gue ! Et m\u00eame, si tu as un b\u00e8gue comme ami, imagine ! Il va te bouffer tout ton argent si jamais tu dois l&rsquo;appeler au t\u00e9l\u00e9phone !!!\u00a0\u00bb Bien que Yoro soit un jeune v\u00e9ritablement formidable, ouvert d&rsquo;esprit et tol\u00e9rant, l\u00e0, je sors le CARTON ROUGE ! Yoro, franchement, tu peux mieux faire ! Il sera cependant bien content de retrouver son ami Socrate, le soir venu, sur le v\u00e9lo \u00e0 fournir de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 durant une bonne partie de la projection accompagnant la foule de son rire communicatif.<\/p>\n<p><b>Dagana (10km bitume)<\/b><\/p>\n<p>Apr\u00e8s une petite excursion en ville (march\u00e9 populaire, ancien b\u00e2timent colonial du temps des comptoirs, vieux bateaux \u00e0 quai&#8230;), nous prenons nos quartiers au sein de l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.apess.org\" target=\"_blank\">APESS<\/a> \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e m\u00eame de Dagana. Ousmane Ba et son fils Djibril nous accueillent tr\u00e8s chaleureusement. Un bon mot est tout de suite adress\u00e9 \u00e0 Yoro, dont le Diallo de nom vient \u00e9corcher l&rsquo;oreille des deux Ba. Car ici, comme dans tout le reste du pays, on pratique le cousinage ! Les Ba taquinent les Diallo, et les Diallo taquinent les Ba, c&rsquo;est ainsi au S\u00e9n\u00e9gal ! Le cousinage est essentiel dans le pays. Il permet, notamment, de maintenir une coh\u00e9sion sociale inter \u00e9thnique et ce, malgr\u00e9 les p\u00e9riodes sombres du pass\u00e9 (guerres, esclavage&#8230;) et les diff\u00e9rences de chacun (dialectes, niveau social&#8230;). Un Ba traitera donc (sur le ton de la plaisanterie bien s\u00fbr) un Diallo comme son esclave et tout deux riront aux \u00e9clats. Imaginez si un fils de grand propri\u00e9taire blanc du Sud des \u00c9tats-Unis venait \u00e0 taquiner un fils d&rsquo;esclaves afro-am\u00e9ricains&#8230; Impensable, n&rsquo;est-ce pas ?<\/p>\n<figure id=\"attachment_635\" aria-describedby=\"caption-attachment-635\" style=\"width: 2364px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i2.wp.com\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/5120632.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-635\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/5120632.jpg?resize=711%2C400\" alt=\"Dagana \/ fin de s\u00e9ance \u00e0 l'APESS\" srcset=\"https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/5120632.jpg 2364w, https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/5120632-300x169.jpg 300w, https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/5120632-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/5120632-622x350.jpg 622w\" sizes=\"auto, (max-width: 2364px) 100vw, 2364px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-635\" class=\"wp-caption-text\">Dagana \/ fin de s\u00e9ance \u00e0 l&rsquo;APESS<\/figcaption><\/figure>\n<p>Pour faciliter le contact et faire connaissance, nous invitons le jeune Djibril Ba \u00e0 un repas d\u00e9tox (comprendre sans huile, sans oignons et sans cube magique qui sont les trois composants de base de la cuisine s\u00e9n\u00e9galaise). Djibril \u00e9tudie l&rsquo;agronomie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Saint-Louis. Entre deux bouch\u00e9es, nous en venons \u00e0 discuter des rites traditionnels qui, semble-t-il ne sont plus l\u00e9gion dans le Nord. Nos souvenirs de danses et de masques en Casamance et dans la r\u00e9gion de K\u00e9dougou r\u00e9sonnent aux oreilles de ce jeune universitaire comme appartenant \u00e0 un temps r\u00e9volu. Et pourtant&#8230; Yoro tient \u00e0 nous livrer une description d\u00e9taill\u00e9e de la f\u00eate des vaches telle qu&rsquo;elle est pratiqu\u00e9e depuis la nuit des temps \u00e0 K\u00e9dougou.<\/p>\n<p>Deux \u00e0 trois fois par an, souvent durant la p\u00e9riode de s\u00e9cheresse, les villageois organisent une grande c\u00e9r\u00e9monie en l&rsquo;honneur de leurs bovins : c&rsquo;est la f\u00eate des vaches ! Dans un champ, les hommes creusent un trou d&rsquo;environ 10 centim\u00e8tres de profondeur sur une surface sph\u00e9rique de 2 m\u00e8tres de diam\u00e8tre \u00e0 peine. On remplit ensuite ce trou d&rsquo;un \u00ab\u00a0m\u00e9dicament\u00a0\u00bb : sorte de mixture gluante faite d&rsquo;un m\u00e9lange de racines broy\u00e9es, de feuilles d&rsquo;arbres, du lait de vache, du sel et enfin d&rsquo;eau. Cette potion magique permettrait, nous dit-il, de favoriser la reproduction, d&rsquo;offrir une bonne pr\u00e9vention contre les maladies et de donner de l&rsquo;app\u00e9tit. Il s&rsquo;agit donc l\u00e0 d&rsquo;un vrai cocktail de sels min\u00e9raux et de vitamines permettant aux vaches de mieux se pr\u00e9parer \u00e0 la longue p\u00e9riode de s\u00e8cheresse qui les attend.<\/p>\n<p>Habituellement, les bergers ont coutume de sortir les vaches chaque jour \u00e0 11h pour les emmener pa\u00eetre en brousse. Mais le jour de la f\u00eate, on les fait languir ! C&rsquo;est seulement \u00e0 13h que le berger vient leur rendre visite avec, dans son seau, un peu du m\u00e9dicament ! \u00c0 la simple odeur, le troupeau sait instantan\u00e9ment qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui : c&rsquo;est jour de f\u00eate et qu&rsquo;un grand festin l&rsquo;attend ! Toutes plus excit\u00e9es les unes que les autres, les vaches se pr\u00e9cipitent alors au pas de course vers le mare miraculeuse dans une course incroyable o\u00f9 les hommes tentent de les battre en vitesse ! Parfois, certains tr\u00e9buchent et tombent, mais, Yoro nous affirme que les vaches forment un cercle autour du malheureux pour \u00e9viter d&rsquo;\u00eatre pi\u00e9tin\u00e9.<\/p>\n<p>Au plus grand moment de la f\u00eate, les femmes se trouvent d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 du trou chantant et frappant en rythme dans leurs mains. Elles portent des habits d&rsquo;apparat, mais on ne trouve pas de rouge, car cela effrayerait les vaches. De l&rsquo;autre, on peut voir les hommes qui accourent avec leurs b\u00eates. Les plus jeunes bergers s&rsquo;amusent m\u00eame \u00e0 sauter au-dessus du trou \u00e9vitant ainsi d&rsquo;y \u00eatre pr\u00e9cipit\u00e9s par les b\u00eates. Gr\u00e2ce \u00e0 cette grande f\u00eate, les villageois gardent la m\u00e9moire vivante et continuent d&rsquo;offrir \u00e0 leur troupeau ce dont ils ont besoin pour attaquer la saison chaude. Et puis, c&rsquo;est une bonne raison pour faire la f\u00eate ! Une autre forme de savoir et de pratiques qui \u00e9patent tout simplement le futur docteur en agronomie.<\/p>\n<p><b>Soutoura (3km sable)<\/b><\/p>\n<p>Notre prochain village se nomme Soutoura et se trouve \u00e0 3km de Dagana via une piste bien trop sablonneuse et qui nous fera bien suer. \u00c0 l&rsquo;\u00e9cart de la ville et de ses lumi\u00e8res, Soutoura est un village \u00e9clat\u00e9 compos\u00e9 d&rsquo;une multitude de concessions dispers\u00e9es sur plusieurs kilom\u00e8tres carr\u00e9s. Le nom de ce village signifie \u00ab\u00a0cach\u00e9\u00a0\u00bb dans leur dialecte car, \u00e0 ses origines, le village \u00e9tait invisible de la route et pour cause : il se trouvait au c\u0153ur d&rsquo;une grande for\u00eat. Aujourd&rsquo;hui, plus rien ne subsiste de ces arbres, car il a fallu couper pour gagner en terres de p\u00e2ture, en bois de chauffe ou de construction. Au S\u00e9n\u00e9gal, la pression qui p\u00e8se sur les milieux forestiers est \u00e9norme et la d\u00e9mographie ne cesse d&rsquo;augmenter. \u00c0 l&rsquo;heure actuelle, l&rsquo;\u00e9quivalent de 300 terrains de football de for\u00eat disparaissent chaque jour.<\/p>\n<p>\u00c0 Soutoura, chaque famille a son espace de p\u00e2turage et au milieu : un petit p\u00e2t\u00e9 de maisons, accentuant de ce fait fortement l&rsquo;isolement de ces populations.<\/p>\n<p>La famille qui nous accueille n&rsquo;est autre que celle de Djibril Ba que Yoro a d\u00e9j\u00e0 rebaptis\u00e9 \u00ab\u00a0Docteur\u00a0\u00bb bien qu&rsquo;encore en seconde ann\u00e9e de Master.<\/p>\n<p>\u00c0 notre arriv\u00e9e, nous nous pr\u00e9sentons au groupe de femmes assises sur des bancs en rotin \u00e0 l&rsquo;abri du soleil sous une sorte de pergolas. Une petite case en dur se trouve juste derri\u00e8re : les chambres probablement. Aucune ne parle fran\u00e7ais, la zone n&rsquo;avait pas d&rsquo;\u00e9cole jusqu&rsquo;\u00e0 ce que Ousmane, le p\u00e8re de Djibril, en construise une en contre bas de sa maison. Depuis, les \u00e9leveurs de Soutoura ont envoy\u00e9 leur enfants en classe, m\u00eame si cela n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 facile. Djibril nous raconte qu&rsquo;au d\u00e9but, les parents transmettaient sans cesse \u00e0 l&rsquo;enseignant des messages adress\u00e9s \u00e0 leurs enfants pour qu&rsquo;ils viennent les rejoindre au champ une heure ou deux pour les aider. Une bonne r\u00e9union parents prof et tout est rentr\u00e9 dans l&rsquo;ordre !<\/p>\n<p>Les femmes semblent intimid\u00e9es par notre pr\u00e9sence, elles discutent avec Djibril dans leur dialecte et se mettent \u00e0 rire. Djibril m&rsquo;explique : c&rsquo;est ma tenue ! Elle leur para\u00eet ind\u00e9cente, il faut que je mette un pantalon&#8230; Le petit short de footballeur et les genoux apparents : c&rsquo;\u00e9tait probablement d\u00e9j\u00e0 trop d&rsquo;\u00e9motion ! Je m&rsquo;ex\u00e9cute avant de m&rsquo;asseoir \u00e0 leur c\u00f4t\u00e9 avec Yoro et Docteur.<\/p>\n<figure id=\"attachment_633\" aria-describedby=\"caption-attachment-633\" style=\"width: 2364px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/5100604.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-633\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/5100604.jpg?resize=711%2C400\" alt=\"Soutoura \/ Projection\" srcset=\"https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/5100604.jpg 2364w, https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/5100604-300x169.jpg 300w, https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/5100604-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/5100604-622x350.jpg 622w\" sizes=\"auto, (max-width: 2364px) 100vw, 2364px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-633\" class=\"wp-caption-text\">Soutoura \/ Projection<\/figcaption><\/figure>\n<p>En attendant la projection du soir, Djibril nous explique tout ce qu&rsquo;il a pu apprendre sur le lait en salle de classe alors, qu&rsquo;en arri\u00e8re plan, les femmes s&rsquo;activent \u00e0 la traite. Elles utilisent pour cela un bol en bois, taill\u00e9 d&rsquo;une pi\u00e8ce et gros comme un saladier. Elles vont tout d&rsquo;abord chercher un petit dans l&rsquo;enclos des veaux qu&rsquo;elles viennent ensuite attacher \u00e0 la patte arri\u00e8re de leur m\u00e8re. Elle pr\u00e9l\u00e8ve une partie du lait qu&rsquo;elles conservent plus tard dans un gros contenant, en plastique cette fois. Djibril nous explique qu&rsquo;avec le temps, une couche de d\u00e9p\u00f4t se forme sur leur bol en bois impactant sur la qualit\u00e9 du lait. Ceci dit, l&rsquo;association avec laquelle nous collaborons dans la zone et \u00e0 laquelle appartient aussi Djibril r\u00e9organise actuellement la fili\u00e8re et fournti du meilleur mat\u00e9riel aux concern\u00e9s. La principale probl\u00e9matique \u00e9tait la qualit\u00e9 et la vente du lait en plus de sa conservation. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un produit fragile qui doit \u00eatre rapidement transform\u00e9 ou consomm\u00e9. C&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;une des seules sources de revenus de ces familles. L&rsquo;Apess a donc imagin\u00e9 compl\u00e9ter la fili\u00e8re laiti\u00e8re gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;apport de triporteurs \u00e0 moteur essence destin\u00e9s aux livraisons de lait entre les producteurs et le transformateur. Le collecteur de lait ach\u00e8te le produit aux femmes, puis va le revendre un peu plus cher, \u00e0 une importante usine de la r\u00e9gion fabriquant du lait caill\u00e9 pour la grande consommation. Le collecteur s&rsquo;occupe aussi du contr\u00f4le qualit\u00e9 sur le lieu de collecte gr\u00e2ce \u00e0 un ensemble d&rsquo;outils et de testeurs mis \u00e0 disposition par l&rsquo;Apess et par l&rsquo;usine. Ces triporteurs assurent ainsi \u00e0 chaque famille d&rsquo;\u00e9couler, chaque jour, le stock du matin et du soir<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Djidiery 1 Toucouleur (3km bitume) Nous longeons d\u00e9sormais le fleuve S\u00e9n\u00e9gal sur une route distante d&rsquo;un kilom\u00e8tre \u00e0 peine. La fine bande de terre cultivable&#8230;<\/p>\n<p><a class='more-link' href='https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/rencontre-avec-lapess\/'>Lire le post<span class='screen-reader-text'>Rencontre avec l&rsquo;Apess<\/span><\/a><\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":634,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[9,2],"tags":[],"class_list":["post-675","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-dagana","category-senegal","excerpt","zoom","even","excerpt-0"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/675","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=675"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/675\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":686,"href":"https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/675\/revisions\/686"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/634"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=675"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=675"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/cinecyclo.com\/leblog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=675"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}